Fabulam. 2018.

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Impressions numériques sur papiers découpés, luminaires. 274 X 376 cm

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Fabulam rassemble, autour de l’allégorie de la caverne de Platon, les propositions de dix artistes chargés de cours à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM.

Maison de la culture Frontenac
Du 14 mars au 15 avril 2018

Publication : Encart de dix pages dans la revue Vie des arts, no. 250.
Texte et commissariat : Dominique Sirois-Rouleau

 

 

Sous les paupières

En réponse à la proposition thématique qui nous guidait , la notion de l’illusion m’a servi de prémisse à cette réflexion conceptuelle et visuelle.

Trois grandes lisières photographiques nous font face sur lesquelles sont représentées trois halos lumineux. Il semble au premier coup d’œil qu’il s’agirait d’objets issus du monde stellaire. Pourtant ces faisceaux proviennent d’un projecteur vidéo. L’appareil photo a capté la pulsation lumineuse pendant la projection d’une compilation des 100 scènes cultes du cinéma américain. Ces captations ont été faites à l’aveugle considérant le hasard comme un matériau intervenant et performant. Nous sommes alors confrontés non pas dans le sens habituel du dispositif, celui où se situer dans l’espace pour vivre la projection de l’image mais bien devant l’oculaire de celle-ci. Il y a ici un renversement de la position du spectateur. Serions-nous soudainement devenus acteurs? (…) Tels des iris renversés Pellerin retourne la caverne (…) L’univers fictif devient ainsi le théâtre du réel. [1] Conséquemment,  les deux sources lumineuses – celle photographiée et l’autre dans l’espace réelle- accusent toutes deux une fonction métaphorique répondant au paradigme du sensible / intelligible de l’allégorie platonicienne

Plus bas, découpée dans la chair du papier photographique, une phrase nous interpelle et donne le ton aux affinités fictives (constructions fictionnelles).

Un jour, sur un quai, un homme de taille moyenne tenait à la main un sac très lourd.[2]

Cet incipit du roman de Oster nous propose une entrée en matière d’une interprétation véritablement ouverte puisqu’avec ce jour (intemporalité), le quai (espace faisant référence au départ, métaphore du voyage) cet homme (individu, n’importe lequel), le sac très lourd (référence au poids historique du mythe de la caverne de Platon), il y a une entrée en matière fertile pour stimuler l’imaginaire et ainsi partir en récit.

Jamais dans l’histoire de l’humanité, constate le philosophe Jean-Marie Schaeffer, l’individu n’aura consommé autant de fictions que de nos jours. Tels les hommes enchaînés dans la caverne platonicienne et éblouis par les ombres projetées, notre attrait universel pour les fictions façonnent encore et toujours notre appréhension au réel.  Origines instinctives, générationnelles, culturelles? Dans notre rapport au monde, nos solitudes ne sont-elles pas habitées d’intentions innées de simulation? Cet enthousiasme à nous laisser prendre au jeu de la feinte, constitue une source de connaissance de nature universelle incarnant sa propre réalité à travers le voile sécurisant des apparences.

[1] Texte de Dominique Sirois-Rouleau, Sous les paupières, de la publication Fabulam.
[2] Phrase découpée extraite de Christian Oster, Dans le train, Paris, Les éditions de Minuit, 2002.
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